« Pinocchio » (Le Journal de Montréal)

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Stéphane Gobeil (Le Journal de Montréal)

On avait rarement vu chose semblable au cours d’un débat des chefs, visionné par des millions de personnes. Un chef qui trompe froidement les électeurs.

Quand Gilles Duceppe l’a accusé d’avoir participé au grand rassemblement fédéraliste de la fin de campagne référendaire en 1995, le fameux « love in » financé par le camp du non en contravention à la loi québécoise, le chef du NPD l’a contredit en affirmant ceci : « Moi, j’étais chez moi. »

Dans sa chronique du Devoir sous-titrée Où était Tom?, Michel David cite le livre de Jean Lapierre et Chantal Hébert, Confessions post-référendaires, dans lequel il est écrit ceci : « Comme Justin Trudeau, Thomas Mulcair a assisté au grand rassemblement pro-Canada. » Chantal Hébert en a rajouté en publiant sa citation exacte : « On avait tous été là le jour du fameux rassemblement. »

Contrairement à l’idée reçue, il est très rare qu’un chef de parti profère un mensonge aussi effrontément de cette façon, a fortiori en plein débat des chefs. J’ai passé une bonne partie de ma vie professionnelle à observer Jean Chrétien, par exemple, et jamais je ne l’ai entendu mentir. Je l’ai vu éluder une question, faire des détours alambiqués pour ne pas répondre, faire semblant de s’embrouiller. Mais mentir, jamais.

Il affirme par exemple depuis des années qu’il était contre la vente du Mont-Orford à l’époque où il était ministre de l’environnement et que c’est pour cette raison de principe qu’il a démissionné. Ses anciens collègues ministres l’ont accusé d’avoir menti il y a quelques semaines. Qui dit vrai? Dans un article d’avril 2006, on apprend qu’il avait « approuvé la vente des terrains et des équipements gouvernementaux du Mont-Orford » quelques heures avant son depart!

En 2010, en français, il écrivait ceci : « Nous savons qu’il est impossible de continuer l’exploitation des sables bitumineux sans gravement affecter la santé des êtres humains et sans détruire à tout jamais d’importants écosystème » Deux ans plus tard, en anglais, il déclarait : « Vous ne m’entendrez jamais parler contre le développement des sables bitumineux. » Virage à 180 degrés ?

Il se présente comme un environnementaliste et donne pour preuve son bilan comme ancien ministre de l’environnement du Québec. Ce qu’il omet de mentionner, c’est qu’il a torpillé l’aide d’Hydro-Québec pour la lutte aux changements climatiques en coupant les fonds à des groupes environnementaux.

Dans un livre sur le mensonge en politique, André Pratte cite Thomas Mulcair à l’origine de l’expression « syndrôme de Pinocchio ». Voici un extrait d’une recension de ce livre : « […] le seul calcul, c‘est : « Est-ce que je risque de me faire pogner? » Sinon les gens se sentent assez libres de manipuler les journalistes et de dire n’importe quoi. » Et le député Mulcair, quelques pages plus loin, de démontrer qu’il souffre lui-même du syndrome, déclarant : « Que quelqu’un fasse un 45 degrés, que quelqu’un dise la vérité mais pas nécessairement toute la vérité et rien que la vérité je constate que ça fait partie de la game. Là où j’ai du mal [à l’accepter], c’est d’avoir quelqu’un en face de moi qui dit sciemment 180 degrés contraire à la vérité. »

Ces temps-ci, Tom doit avoir du mal à accepter d’avoir en face de lui ce Thomas qui dit sciemment 180 degrés contraire à la vérité

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TRANSLATION:

We had rarely seen anything like it during a leaders debate, seen by millions of people. A leader coolly deceiving voters.

When Gilles Duceppe accused him of participating in the great federalist rally at the end of the referendum campaign in 1995, the famous “love in” financed by the No camp against Quebec law, the NDP leader contradicted him by saying: “Me, I was at home.”

In his column in Le Devoir, subtitled “Where was Tom?”, Michel David quoted Jean Lapierre and Chantal Hébert’s book, Post-Referendum Confessions, in which is written the following: “Like Justin Trudeau, Thomas Mulcair participated in the great pro-Canada rally.” Chantal Hébert added some by publishing his exact quote: “We were all there, the day of the famous rally.”

Contrary to popular belief, it’s very rare that a party leader profers a lie in such brazen fashion, a fortiori, in the middle of a leaders debate. I spent a good deal of my professional life observing Jean chrétien, for example, and never did I hear him lie. I saw him eluding a question, making convoluted detours in order to avoid answering, pretending to be confused. But lying, never.

He has been affirming for years, for example, that he was against the sale of Mont-Orford when he was Environment Minister and it is for this reason that, on principle, he resigned. His former cabinet colleagues accused him of lying a few weeks ago. Who’s telling the truth? In an article from April 2006, we learned that he had “approved the sale of the lands and government equipment of Mont-Orford” a few hours before his departure!

In 2010, in French, he wrote the following: “We know that it is impossible to continue the exploitation of the tar sands without gravely affecting the health of human beings and without forever destroying important ecosystems.” Two years later, in English, he declared: “You’ll never hear me speaking against the development of the oil sands.” A 180-degree turn?

He presents himself as an environmentalist and offers as proof his record as former Environment Minister. What he leaves out, however, is that he torpedoed Hydro-Québec’s assistance in fighting climate change by cutting funding for environmental groups.

In a book on political lies, André Pratte quotes Thomas Mulcair at the origin of the expression “Pinocchio Syndrome.” Here’s an excerpt of a review of this book: “[…] the only calculation is ‘Do I risk getting caught?’ Otherwise people feel free enough to manipulate journalists and say anything.’ And the representative, Mulcair, a few pages later, demonstrates he himself suffers from the syndrome, declaring: ‘That someone does a 45-degree turn, that someone says the truth but not necessarily the whole truth and nothing but the truth, I find that’s just part of the game. Where I have trouble [accepting], is to have someone in front of me who knowingly says something 180 degrees contrary to the truth.”

These days, Tom must have trouble accepting to have in front of him this Thomas who knowingly says something 180 degrees contrary to the truth…